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Quand le suivi médical n'est pas suffisant

Dan

Il y a un moment dans chaque cycle de FIV où tout dépend du timing. Les ovocytes sont matures. Ils sont prêts à être prélevés. Et la fenêtre pour la ponction est incroyablement étroite.

Si vous ratez cette fenêtre, vous perdez le cycle. C’est ce qui nous est arrivé.

Ce qui s’est passé

Lors de l’un de nos cycles de FIV - à la deuxième clinique cette fois - le suivi pendant la phase de stimulation n’était pas assez fréquent.

Pendant la stimulation ovarienne, le médecin effectue des échographies tous les quelques jours pour suivre la croissance des follicules et décider du moment exact pour l’injection de déclenchement (l’injection qui initie la maturation finale des ovocytes, 36 heures avant la ponction).

Lors de ce cycle en particulier, les échographies n’ont pas été assez fréquentes. Les follicules de ma femme ont grossi plus vite que prévu. Les ovocytes étaient matures, prêts à être prélevés - mais personne ne l’a remarqué à temps.

Au moment de la ponction, avec 90-95 % de certitude, ma femme avait déjà ovulé un jour voire deux plus tôt.

Le résultat : l’un de ses ovaires était complètement vide. Pas un seul ovocyte n’a été prélevé de ce côté. Le cycle était compromis.

Pourquoi c’est arrivé

On ne connaît pas la raison exacte. Peut-être que le médecin n’a pas jugé nécessaire un contrôle supplémentaire. Peut-être que le planning de la clinique ne permettait pas de flexibilité. Peut-être que c’était simplement un oubli.

Ce qu’on sait avec certitude, c’est que ça aurait pu être évité.

Si une échographie avait été faite un jour ou deux plus tôt, ils auraient vu que les follicules étaient déjà à leur taille maximale. Le déclenchement aurait été décidé plus tôt. La ponction aurait eu lieu au moment optimal. Et un ovaire entier n’aurait pas été perdu.

Ce que ça signifie en pratique

Un cycle de FIV perdu, ce n’est pas juste une « tentative échouée ». C’est :

  • Des semaines d’injections de stimulation quotidiennes
  • Les effets secondaires des hormones - ballonnements, douleurs, sautes d’humeur
  • Le stress émotionnel de toute la période
  • Des milliers d’euros pour les médicaments et la tentative
  • Et surtout, du temps - la ressource qu’on ne peut pas récupérer

Quand vous avez 35, 38, 40 ans et que chaque cycle compte, un cycle perdu à cause d’un suivi insuffisant est inacceptable.

Nos leçons sur le suivi

1. Renseignez-vous sur la fréquence des échographies

Avant de commencer la stimulation, demandez au médecin : combien d’échographies sont prévues et à quels jours ? Un protocole standard inclut des échographies aux jours 2-3 (initial), puis aux jours 6-7, 8-9, et potentiellement quotidiennement à l’approche de la ponction.

Si le médecin ne prévoit que 2-3 échographies sur toute la stimulation, demandez pourquoi et s’il est possible d’en ajouter.

2. Exigez de la flexibilité

Chaque femme réagit différemment à la stimulation. Certaines ont besoin de plus de jours, d’autres de moins. Les follicules croissent à des rythmes différents. Un protocole rigide qui ne s’adapte pas en temps réel est un risque.

Demandez : « Si mes follicules grossissent plus vite que prévu, pouvez-vous programmer une échographie supplémentaire ? Pouvez-vous ajuster le moment du déclenchement ? »

3. Surveillez aussi les hormones

Les échographies montrent la taille des follicules, mais les niveaux hormonaux (estradiol, LH, progestérone) complètent le tableau. Un pic soudain de LH peut signaler une ovulation imminente - ce qui signifie que la ponction doit être accélérée.

4. Soyez proactifs, pas passifs

On a appris à nos dépens qu’on ne peut pas tout laisser à la clinique. Si vous sentez que quelque chose ne va pas - si vous avez des sensations différentes, si les ballonnements augmentent soudainement, si quelque chose semble « différent » par rapport à l’échographie précédente - appelez et demandez un contrôle.

C’est votre corps. C’est votre cycle. C’est votre investissement émotionnel et financier. Vous avez le droit d’exiger de l’attention.

La décongélation sur la table - un autre échec de suivi

On a raconté cette histoire dans l’article sur le laboratoire, mais ça vaut la peine de la souligner ici aussi, parce que c’est aussi une question de suivi et de rigueur :

Lors d’un autre cycle, ma femme était sur la table, prête pour le transfert. On avait parcouru 200 kilomètres. Et c’est seulement à ce moment-là qu’on a appris que l’embryon n’avait pas survécu à la décongélation.

Dans une clinique avec des protocoles rigoureux, l’embryon est décongelé à l’avance, observé pendant plusieurs heures, et seulement ensuite la décision est prise de procéder au transfert. On l’a appris sur la table. Sur place. Après des heures de route.

C’est aussi une forme de suivi insuffisant - cette fois, de l’embryon, pas des ovocytes.

Ce qu’on aurait aimé voir différemment

On aurait aimé s’exprimer davantage. Poser plus de questions. Demander des échographies supplémentaires. Insister pour un suivi plus rapproché.

Mais plus que tout, on aurait aimé que les cliniques traitent chaque cycle comme si c’était le seul. Parce que pour le couple sur la table d’opération, c’est vraiment le cas.

Références


Ceci est le sixième article d’une série sur notre parcours de FIV. On partage ce qu’on a appris au fil de 6 cycles, trois cliniques et cinq ans - non pas comme un avis médical, mais comme le récit honnête qu’on aurait aimé avoir quand on a commencé.

Dan